Alors que la nuit et les ténèbres recouvre Arakas, un rayon de lune semble s'attarder sur ces quelques mots tandis qu'au loin, un bateau s'éloigne.

 

Le soleil venait à peine d'apparaître à l'horizon, et la fraîcheur de la nuit était encore bien présente. La ville était encore endormie et sur le port ne passaient que quelques hommes ivres, ayant passé toute la nuit à la taverne. Le bateau était arrivé quelques minutes plus tôt et les marins avaient déjà commencé à décharger les marchandises. Le voyage avait duré plusieurs semaines et ils étaient tous pressés d'en finir et de se retrouver autour d'un bon verre et entourés de belles femmes. Sur le pont, difficilement discernable parmi le brouillard qui envahissait le port en ce début de matinée, on pouvait apercevoir deux hommes qui discutaient. L'un était assez grand, la tête fièrement dressée et les muscles saillant dans sa tenue de Capitaine ; l'autre, un peu plus grand, dissimulait son visage sous une large capuche ne laissant dépassé qu'une partie de son chapeau vert révélant sa tache de Samaritain de Sélène. Ils étaient tous deux tournés vers la mer, le visage au vent.

"Merci de votre aide Capitaine, dit le Samaritain d'une voix calme et sereine.

_ Ainsi, j'ai payé la dette que j'avais envers vous." Le Capitaine semblait éprouvé un profond respect envers cet homme.

"Oui, vous embrasserez votre fils pour moi. Maintenant il doit pouvoir se débrouiller contre les gobelins, il n'aurait plus besoin d'un Samaritain pour l'aider.

_ En effet, il s'est beaucoup entraîné.

_ Et quel âge a-t-il ?

_ 16 ans mon ami, il a beaucoup changé depuis votre dernière rencontre.

_ 16 ans l'âge que j'avais quand j'ai quitté cette île. Et maintenant je suis de retour. C'est comme un nouveau départ..."

Un long silence suivit ces derniers mots. Seul le bruit des vagues frappant la coque du navire venait troubler la quiétude de ce moment.

"Je dois y aller maintenant si je ne veux pas être remarquer.

_ Oui, allez-y mon ami, et prenez soin de vous."

Les deux hommes se serrèrent la main et sous la capuche du Samaritain, on pouvait distinguer un sourire. Arrivé au bout de la passerelle, l'homme caché sous sa capuche se retourna vers le bateau.

"Adieu Capitaine, que Sélène guide votre navire dans votre retour.

_ Adieu mon ami, que les Dieux vous soient favorables."

Le Capitaine ne vénérait pas un Dieu en particulier car il se disait qu'ainsi il pouvait s'attirer les faveurs de plusieurs divinités plutôt qu'une seule. Le Samaritain disparu dans le brouillard en s'enfonçant dans la ville.

Il traversa la ville en se guidant à l'aide de son bâton qui était devenu, en quelque sorte, son meilleur ami désormais. Il ne croisa personne : les gens dormaient encore. Arrivée à la sortie de la ville, il s'arrêta un instant. Il allait quitter les hommes, vivre seul, loin de toute civilisation, et cela l'angoissait. Lui qui avait vécu tant d'années à Lighthaven, au milieu de la foule et du bruit allait se retrouver entouré du silence et du calme. Il s'avança rapidement vers la forêt et pénétra ce qui allait devenir son sanctuaire. Il marcha quelques minutes puis, sachant qu'il ne rencontrerait plus personne, il baissa sa capuche, découvrant son visage. Ses cheveux noirs furent soulever par une brise légère et il dut rajuster son chapeau elfique pour éviter qu'il ne s'envole. Son visage semblait étonnement serein mais ses paupières fermées donnaient une impression de malaise. Parfois elles se soulevaient, dévoilant des yeux que la brûlure avait rendus complètement blancs. Il prit une grande inspiration, une multitude d'odeurs envahit son esprit. Chacune réveillait un souvenir de son passé : les fleurs qu'il avait cueillies pour sa première femme, les fruits qu'il avait appris à voler au marché, l'herbe douce dans laquelle il aimait se prélasser

Il ôta son manteau d'archer noir et le remplaça par une robe des bois de couleur verte, plus en harmonie avec son environnement. Il garda son chapeau afin de se souvenir à chaque instant de ses frères Sélénites. Maintenant il était seul et il ne pouvait plus compter que sur lui. Il devait apprendre à vivre sans ses yeux ; alors seulement il pourrait retourner sur les terres de Goldmoon